Procédure commerciale · réforme 2026
Revue anticipée si un texte, un décret d’application ou une fiche officielle évolue.
Version éditoriale 2026.07.6 — source, condition, délai et limite distingués.Ce qui change depuis le 25 avril 2026
La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 a créé un chapitre spécifique pour les créances commerciales incontestées et a, en parallèle, exclu les factures entre commerçants de l’article L. 125-1. L’ancienne règle mentale « moins de 5 000 € = petite créance » n’est donc plus fiable pour le cœur des dossiers B2B.
Le nouveau texte ne fixe aucun plafond. Un solde de 2 500 € comme une facture de 25 000 € peut entrer dans son champ législatif si les autres conditions sont réunies. Cela ne signifie pas que la procédure sera toujours préférable : le coût, la solvabilité, la prescription et le risque de contestation restent à comparer à l’injonction de payer ou à une action contradictoire.
Les cinq conditions à documenter
Deux commerçants
Le créancier et le débiteur doivent avoir contracté en qualité de commerçants. Le mot « professionnel » ne suffit pas.
Facturation
La créance doit avoir fait l’objet d’une facture. Conservez aussi le contrat, la commande et la preuve d’exécution.
Dette certaine
Le principe de l’obligation doit être établi par un dossier cohérent, sans ambiguïté majeure sur la prestation.
Montant liquide
Le principal et les accessoires doivent être déterminés ou déterminables dans un décompte lisible.
Dette exigible
L’échéance doit être dépassée. Un avoir, un paiement partiel ou un délai accordé modifie le montant immédiatement réclamable.
Le déroulement prévu par la loi
- Commandement de payer. Le commissaire de justice signifie un commandement décrivant l’obligation, les montants réclamés et la manière de payer.
- Délai d’un mois. Le débiteur peut payer ou contester. Sa contestation dans le délai met fin à cette procédure, sans supprimer le droit du créancier d’agir autrement.
- Attente minimale de huit jours. En l’absence de paiement intégral et de contestation, le commissaire ne dresse le procès-verbal de non-contestation qu’au moins huit jours après la fin du mois.
- Formule exécutoire. Le greffier de la juridiction commerciale vérifie la régularité et rend le procès-verbal exécutoire.
- Signification sous six mois. Le procès-verbal exécutoire doit être signifié au débiteur dans les six mois, faute de quoi il devient non avenu. Le débiteur conserve une voie d’opposition.
Statut opérationnel. L’article L. 126-6 renvoie à un décret en Conseil d’État. La recherche officielle effectuée le 30 juillet 2026 n’a pas identifié ce décret, et Service Public annonce encore des modalités à préciser. Ce guide décrit donc le régime législatif et impose un contrôle professionnel avant utilisation.
Qui supporte les frais ?
L’article L. 126-5 place les frais occasionnés par cette procédure à la charge du débiteur. Cette règle ne dispense pas de demander un devis, de connaître les sommes à avancer et de vérifier ce qui restera supporté en cas de contestation, d’adresse erronée ou d’insolvabilité. Le coût prévisible doit toujours être comparé au montant et aux actifs identifiables.
Établir la qualité de commerçant sans raccourci
La forme sociale constitue un indice important, mais le dossier doit montrer la qualité dans laquelle chaque partie a contracté. Pour une personne physique, un artisan, une activité libérale ou une association, la qualification peut demander plus qu’une consultation sommaire de l’annuaire. Relevez le SIREN, l’activité déclarée, le registre pertinent, l’objet du contrat et la personne désignée sur la facture.
Créez une note d’une page avec deux colonnes : « éléments en faveur de la qualité de commerçant » et « éléments qui créent un doute ». Cette note doit être transmise au commissaire avec les justificatifs, car une erreur de régime affecte le commandement, le coût et le calendrier. Si l’une des parties n’est pas commerçante, examinez L. 125-1 sous son plafond ou la voie judiciaire appropriée ; si la qualification demeure incertaine, n’utilisez pas le diagnostic comme validation juridique.
Contrôles à fermer avant le mandat
- le décret prévu à L. 126-6 a-t-il été publié et est-il entré en vigueur à la date de l’acte ?
- l’étude propose-t-elle effectivement ce circuit, dans quel ressort et selon quel tarif ?
- le commandement détaillera-t-il séparément principal, pénalités, indemnité et frais ?
- l’adresse de signification correspond-elle au siège actuel du débiteur ?
- une contestation, même informelle, figure-t-elle déjà dans les courriels ou le portail client ?
- l’injonction de payer est-elle préparée comme solution de repli si le débiteur conteste ?
Consignez la réponse, la date et le nom du vérificateur pour chaque ligne. Ce registre transforme la vérification réglementaire en décision auditable et évite de recommencer le dossier si le circuit choisi n’aboutit pas.
Comparaison avec les autres voies
Dossier à transmettre au commissaire de justice
- preuve de la qualité de commerçant des deux parties et identité légale exacte ;
- contrat, commande, devis accepté ou CGV applicables ;
- facture et preuve de sa transmission ;
- bon de livraison, procès-verbal, livrable ou autre preuve d’exécution ;
- mise en demeure et réponses du débiteur ;
- décompte séparant principal, paiements, avoirs, pénalités, indemnité et frais ;
- recherches de solvabilité et vérification BODACC datées.
Cas pratique : facture de 18 000 € sans réponse
- Situation
- Deux sociétés commerciales ont signé une commande. La prestation est livrée, la facture est échue, les relances restent sans réponse et aucun grief n’est formulé.
- Qualification
- Le plafond de 5 000 € est hors sujet. Le dossier peut relever de L. 126 si la dette est certaine, liquide, exigible et si le circuit réglementaire est disponible.
- Décision
- Le créancier fait contrôler le décret applicable et le coût par un commissaire de justice, tout en préparant une injonction pour éviter une nouvelle attente si le débiteur conteste.
Questions fréquentes — commerciale incontestée
Le silence du débiteur vaut-il accord ?
Le texte L. 126 repose sur l’absence de contestation après le commandement, et non sur l’accord négocié propre à L. 125-1. Les modalités réglementaires doivent néanmoins être contrôlées avant usage.
Une profession libérale est-elle commerçante ?
Pas automatiquement. Qualifiez l’activité et la qualité dans laquelle la partie a contracté. En cas de doute, n’orientez pas le dossier à partir du seul SIREN.
La contestation efface-t-elle la dette ?
Non. Elle met fin à cette procédure simplifiée ; le créancier peut encore négocier, demander une médiation ou saisir la juridiction compétente.
Sources officielles utilisées — commerciale incontestée
Légifrance
Articles L. 126-1 à L. 126-6 du Code des procédures civiles d’exécution ↗
Champ, commandement, délais, titre, frais et décret.
Source contrôlée le 30 juillet 2026.Légifrance
Loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 ↗
Texte créant le chapitre VI et modifiant L. 125-1.
Source contrôlée le 30 juillet 2026.Service Public Entreprendre
Création de la procédure commerciale incontestée ↗
Présentation officielle et mention du décret à venir.
Source contrôlée le 30 juillet 2026.Information générale : ce guide ne remplace pas un conseil juridique adapté aux faits, aux montants et aux délais de votre dossier.